Une SASU se crée en quelques jours. Les décisions prises pendant ces quelques jours, elles, se paient au premier bilan.
La plupart des erreurs coûteuses de la première année ne sont pas des fautes de gestion. Ce sont des cases oubliées à la création, dont la conséquence n'apparaît que douze à dix-huit mois plus tard.
Pourquoi la première année en SASU coûte-t-elle plus que prévu ?
La première année en SASU concentre des choix irréversibles : libération du capital, rémunération, régime de TVA. Aucun ne produit d'effet visible tout de suite. Ils se traduisent en impôt, en droits sociaux perdus ou en trésorerie manquante au moment du premier bilan.
Le point commun de ces erreurs est leur décalage dans le temps. Une case mal remplie à la création se découvre au premier exercice clos. C'est la raison d'être d'un accompagnement à la création, qui coûte moins cher qu'une régularisation.
Quelles erreurs reviennent le plus souvent ?
Cinq erreurs reviennent presque à chaque dossier de première année. Elles portent sur le capital, la rémunération, la CFE, le régime de TVA et la date de clôture. Aucune ne relève d'une faute de gestion : ce sont des cases remplies trop vite au moment de la création.
Ne pas libérer entièrement le capital social
Le taux réduit d'impôt sur les sociétés à 15 % répond à des conditions cumulatives. L'une d'elles est souvent découverte trop tard : le capital doit être entièrement libéré à la clôture de l'exercice.
Une SASU qui n'a libéré que la moitié de son capital est imposée à 25 % sur la totalité de son bénéfice. Les conditions complètes figurent sur la fiche officielle de l'impôt sur les sociétés.
Ne pas se rémunérer sans en mesurer la contrepartie
Le président de SASU est assimilé salarié, mais il ne cotise pas à l'assurance chômage. Tant qu'il ne se verse aucune rémunération, il ne paie aucune cotisation.
C'est souvent présenté comme un avantage. C'en est un sur la trésorerie, pas sur les droits.
Une année sans rémunération ne construit rien :
- aucun trimestre de retraite de base
- aucun point de retraite complémentaire
- aucune indemnité journalière en cas d'arrêt de travail
- aucune couverture prévoyance liée au mandat
Le choix n'est pas mauvais en soi, il doit juste être chiffré. Le détail du régime social figure sur la fiche officielle des cotisations sociales en SASU.
Découvrir la CFE la deuxième année
La cotisation foncière des entreprises n'est pas due l'année de la création. Elle l'est dès la deuxième année.
Beaucoup de créateurs calent leur trésorerie sur une première année sans CFE, puis reçoivent un avis en fin d'année suivante. Le montant dépend de la commune et de la valeur locative du local. Les règles sont détaillées sur la page CFE d'economie.gouv.fr.
Se tromper de régime de TVA au démarrage
Une SASU peut démarrer en franchise en base de TVA. Elle facture alors sansTVA et n'a aucune déclaration à produire. Le confort est réel, la sortie l'est moins.
Deux seuils coexistent, et c'est ce qui trompe. Le seuil de base regarde le chiffre d'affaires de l'année précédente. Le seuil majoré regarde l'année en cours, et son dépassement met fin à la franchise immédiatement.
Pour les prestations de services :
- 37 500 euros en seuil de base
- 41 250 euros en seuil majoré
Pour la vente de biens :
- 85 000 euros en seuil de base
- 93 500 euros en seuil majoré
Ces montants sont ceux publiés par l'administration au 1er janvier 2026. Le projet de seuil unique à 25 000 euros a été abandonné. La conséquence à anticiper est de trésorerie : la TVA collectée après le passage du seuil n'est jamais votre argent.
Fixer sa date de clôture sans y réfléchir
La date de clôture se choisit à la création et figure dans les statuts. Elle détermine le moment où tombent le bilan, la liasse fiscale et l'impôt sur les sociétés.
Le 31 décembre est retenu par défaut dans la grande majorité des créations. C'est aussi la période où les cabinets sont le plus chargés, et celle où votre propre activité l'est souvent aussi.
Le vrai sujet est ailleurs. La clôture est la date à laquelle toutes les conditions se vérifient, à commencer par la libération du capital. Choisir une clôture décalée donne mécaniquement plus de temps pour être en règle sur le premier exercice.
Comment sécuriser sa première année ?
Rien de ce qui précède ne demande une expertise rare. Cinq vérifications suffisent : libérer le capital, chiffrer la rémunération, vérifier le régime de TVA, provisionner la CFE et choisir la date de clôture. Le point difficile n'est pas de les comprendre, c'est de les poser avant la clôture.
- Libérer la totalité du capital avant la clôture du premier exercice.
- Arbitrer la rémunération avec un chiffrage, en comparant le coût et les droits acquis.
- Vérifier le régime de TVA applicable à l'activité dès la première facture.
- Provisionner la CFE de la deuxième année dès le premier exercice.
- Fixer la date de clôture selon le rythme de l'activité, pas selon le calendrier.



